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ROMMEL : « HITLER va me liquider »

Octobre 1944, ROMMEL à sa femme :
« HITLER va me liquider »

Le Mitraillage de sa voiture à Vimoutiers
Le 17 juillet 1944, vers 16 h une Mercedes de l’armée allemande roule à vive allure sur la route départementale 119, entre Livarot de Vimoutiers. A bord, un chauffeur et trois officiers dont un général. La voiture prend les virages à la corde et grimpe sans effort les collines successives.
Soudain un bombardier léger à cocarde britannique survole la route à faible altitude et disparait derrière la plus proche hauteur boisée. Fausse alerte. Mais en fait l’appareil a viré à gauche et il fait demi-tour. Il revient, en rase motte, prenant la route en enfilade. Il survole la voiture à 500 km/h et disparait à nouveau.
Le chauffeur dit : « Attention ! » Mais son chef qui a coutume de voyager sans escorte pour passer plus inaperçu donne un ordre bref : « Continuez ! »
Et voici que dans le rétroviseur l’avion réapparait après quelques minutes. Il fait feu de ses mitrailleuses dans l’arrière de la voiture.
L’officier général a déjà la main sur la poignée de la portière, prêt à sauter, mais le chauffeur est atteint à l’épaule gauche et il perd le contrôle de son volant. Un témoin voit la Mercedes entrer dans un tronc d’arbre et verser dans le fossé. Le chauffeur s’effondre tué par le choc, le maréchal Rommel, car c’est lui, est précipité hors de la voiture à six mètres, la tête en avant.
Le témoin qui arrive le premier sur les lieux, Désiré Plouviet, déclare : « le maréchal était évanoui. Il portait de graves blessures au front et au visage. Lorsque je l’ai ramassé dans le fossé pour le porter dans une voiture il était vivant, mais son état était certainement très grave. »
Le témoin emmène le blessé à l’hospice Saint-Joseph à Livarot à dix kilomètres de là. Il est 17h30. Le médecin de garde est en tournée.
« Vers 18h, je vis entrer un lieutenant colonel allemand dans mon officine, dit le pharmacien M. Lescène, pharmacien à Livarot. Il me demande : « Pouvez-vous soigner un blessé ? », et sans attendre ma réponse m’emmena avec lui à l’hospice Saint-Joseph. Le médecin n’était pas là, m’expliqua l’officier. A mon arrivée je vis un corps étendu sur un lit, veillé par des religieuses et trois officiers. Je pris le pouls. Il était faible, presque imperceptible. Rommel, que j’avais reconnu, était dans le coma. Je remarquai un épanchement de sang par l’oreille gauche que j’arrêtai par un pansement sommaire. Je diagnostiquais une double fracture de crâne, à l’arcade sourcilière gauche et au rocher. Je craignais un accident cardiaque et avec l’aide des religieuses, je fis au patient deux piqûres d’huile camphrée. Je conseillai alors de transférer le blessé à l’hôpital de Bernay afin de procéder à l’opération nécessaire. De l’avis de tous ceux qui étaient présents et selon moi, le maréchal n’était pas mort, mais il me parut clair qu’il ne pourrait jamais guérir ou en tout cas recouvrer pleinement la santé. »

Rommel fut transféré aussitôt à Bernay où il fut soigné jusqu’au 7 août. Les radiologues et les chirurgiens constatèrent une fracture supplémentaire au maxillaire gauche et une blessure menaçant l’œil gauche. Le maréchal devait pourtant se remettre et c’est sur son lit d’hôpital à Bernay, qu’il apprit l’échec du putsch du 20 juillet.Le 8 août, il se fit ramener dans sa maison de Herrlingen, près d’Ulm en Wurtemberg, ne voulant à aucun prix risquer d’être capturé par les Alliés qui avançaient à grand pas vers la seine. 

SOUS SURVEILLANCE Peu après son arrivée, le maréchal convalescent vit que sa maison était surveillée. C’est alors qu’il fit part aux siens pour la première fois des soupçons qui pouvaient peser sur lui à propos de sa participation au complot du 20 juillet.
En effet, au cours des tortures qu’ils subirent, après leur arrestation il semble que Stülpnagel et Hofecker aient prononcé un nom, celui de Rommel. Les papiers compromettants que l’imprudent Goerdeler ne pouvait s’empêcher de traîner partout avec lui, portaient également mention du nom du maréchal parmi les successeurs possibles du Führer.
Il n’en fallut pas plus pour sceller le destin de Rommel. Le maréchal se remettait progressivement. Assailli de pressentiments, il ne sortait de sa maison pour sa promenade quotidienne qu’armé d’un revolver.
Le 6 septembre, son ancien chef d’état-major le général Speidel lui rendit visite à Heerrlingen. Rommel le chargea de dire au chef d’état-major général Guderian, qu’il fallait terminer la guerre à l’Ouest pour obtenir de bonnes conditions et porter toutes les forces à l’Est. Speidel ne transmettra pas ce message. 48 heures plus tard, il fut arrêté dans sa maison de Freudenstadt.

Pour reconstituer les derniers instants du maréchal nous disposons de trois témoignages : ceux de sa femme et de son fils, et les déclarations de Speidel.
« Le 7 octobre, dit Mme Rommel, nous recevons un télégramme du Q.G. de Hitler, signé Keitel, ordonnant à mon mari de se rendre à Berlin, le 10, pour assister à une conférence importante. Il tente d’atteindre Keitel au téléphone pour lui dire que son médecin lui interdit tout déplacement. Le général Burgdorf répond en l’absence de Keitel, et précise qu’il s’agit de « sa future affectation».
« Le 13 octobre, un message annonce l’arrivée pour le lendemain du général Burgdorf. Mon mari me fait alors part de ses craintes : « Hitler va me liquider » me dit-il.
« Au cours de l’après-midi du même jour, Rommel rend visite à son ami personnel, le lieutenant –colonel Oskar Farny, à Duren, près de Wangen en Aligau. Il dit « Hitler veut me supprimer. Ses motifs : Mon ultimatum du 15 juillet, la liberté de mes propos, les événements du 20 juillet, les rapports du parti et du SD. S’il devait m’arriver quelque chose, je te demande de prendre soin de mon fils ».
« Le 14 octobre – poursuit Mme Rommel – Burgdorf arrive accompagné du général Maisel. A l’issue de l’entretien qui dure une heure, mon mari entre dans la chambre où je l’attendais. Il est pâle et défait, presque méconnaissable : « Dans 15 minutes, je serai mort ! »

Et Mme Rommel rapporte ce dramatique dialogue :
« – Mon Dieu qu’est il arrivé ?
- Dans un quart d’heure je serai mort.
- Mais est ce possible. Qu’as-tu fait ?
- Sur les ordres du Führer, j’ai le choix entre le poison et la comparution devant le Tribunal du peuple. Les généraux m’ont apporté un poison foudroyant : je suis accusé d’avoir pris part à l’attentat du 20 juillet.
- Mais qui t’a dénoncé ?
- Stülpnagel, Speidel et Hofacker ont fait des déclarations qui me condamnent. Je figure aussi sur la liste de Goerdeler comme futur président du Reich.
- Qu’as-tu répondu devant ces accusations ?
- J’ai dit aux généraux qu’il n’y avait rien de vrai dans ces déclarations qui avaient sans doute été arrachées aux inculpés.
- Que vas-tu faire ?
- Je n’ai pas peur de comparaître devant le Tribunal du peuple, mais je suis convaincu que je n’arriverai jamais à Berlin. Je serai « liquidé » avant : je comprends ce que Burgdorf entendait par ma « nouvelle affectation ». On m’a donné tous les détails jusqu’à l’ordonnance des funérailles ! »

Rommel fait alors ses adieux à sa femme. Après avoir embrassé son fils Manfred, âgé de 15 ans, il lui dit « Hitler m’a fait savoir que si je me supprimais moi-même, il n’arriverait rien à ma famille. Au contraire, on s’occupera de vous. »

« Mon mari – termine Mme Rommel – partit alors avec les deux généraux dans une auto conduite par un SS. Peu après, un officier d’ordonnance de Maisel vint m’annoncer que mon mari a subi «une attaque » et qu’il a fallu le transporter d’urgence à l’hôpital auxiliaire de l’école de Wagner, à Ulm. Le commandant de la place d’Ulm arrive un peu plus tard. Il ne sait rien du drame et il est très ému. Il m’apprend que Burgdorf et Maisel ont adressé un télégramme à Hitler pour lui annoncer la mort soudaine de mon mari.
Le lendemain, tandis que j’attendais dans ma voiture devant le bureau de la place, Maisel vint me présenter ses condoléances. J’affectai de ne pas voir la main qu’il me tendait. Je me rendis une dernière fois près du lit de mort de mon mari. Ma belle-sœur, qui ne connaissait rien du drame, me dit à quel point elle était frappée par l’expression de profond mépris que son visage avait gardé dans la mort : « Une expression qu’on ne lui avait jamais connue de son vivant ». 

PETER FERGUSSON
Source : Miroir de l’histoire n° 273 novembre-décembre 1972

Le fils du maréchal a enquêté sur les accusations contre Speidel que les historiens des pays socialistes ont repris en chœur lorsque celui-ci fut appelé à un poste de commandement à l’OTAN. Manfred Erwin Rommel a pu établir que le général Speidel n’a été interrogé pour la première fois qu’après la mort de Rommel. L’accusation serait donc sans fondement.

L’ultimatum de Rommel à Hitler (15 juillet 1944)
- extraits :

« La situation sur le front de Normandie devient de plus en plus difficile : elle tend vers une grave crise. Etant donné l’âpreté des combats, le matériel extraordinairement puissant engagé par l’adversaire, surtout en artillerie et en blindés, l’efficacité de l’arme aérienne ennemie, maîtresse absolue de la zone de combat, nos pertes sont tellement élevées que la puissance combative des divisions est en voie de décroissance rapide. Les renforts de l’intérieur n’arrivent qu’au compte-gouttes et ils n’atteignent le front, à cause de la difficulté des transports, qu’au bout de plusieurs semaines. En face de 97 000 hommes de pertes (dont 2 360 officiers, parmi lesquels 28 généraux et 354 commandants d’unités), soit en moyenne de 2 500 à 3 000 par jour, nous n’alignons jusqu’ici que 6 000 hommes de renfort. De même les pertes en matériel des troupes engagées sont extraordinairement élevées et n’ont pu, jusqu’à ce jour, être compensées que dans une très faible proportion, par exemple 17 chars sur 225.
« Les nouvelles divisions amenées au front manquent d’entraînement au combat : elles sont faiblement dotées d’artillerie, d’armes antichars et d’engins de combat rapproché contre les blindés. Aussi sont-elles hors d’état de repousser les attaques ennemies de grand style lancées après un feu roulant d’artillerie de plusieurs heures et de puissantes attaques par bombardements aériens. Le déroulement des combats a démontré que, étant donné la puissance des matériels adverses, la troupe la plus brave ne peut être que déchiquetée.
« Quant à l’envoi de renforts, étant donné la destruction du réseau ferroviaire, l’insécurité des routes et chemins jusqu’à 150 kilomètres derrière le front, à la suite de l’intervention aérienne ennemie, il est rendu tellement précaire qu’on ne peut amener au front que les éléments de toute première nécessité.
« Nous devons avant tout être en tout lieu extrêmement économes en munitions d’artillerie et de mortiers. On ne peut plus faire parvenir au front de Normandie de nouvelles forces dignes de ce nom. Au contraire des effectifs nouveaux et des quantités de matériel affluent jour et nuit sur le front adverse, les renforts ennemis ne sont point arrêtés par la Luftwaffe ; la pression de l’adversaire s’intensifie constamment. Dans ces conditions il faut s’attendre que d’ici peu – de quinze jours à trois semaines – l’ennemi réussisse à percer notre front si mince, surtout à la VIIe Armée, et à pénétrer profondément dans le territoire français. Les conséquences seront incalculables.« La troupe combat partout héroïquement, mais cette lutte inégale approche de sa fin.« Je suis obligé de vous prier de tirer immédiatement les conséquences de cette situation. En ma qualité de commandant en chef du Groupe d’armées, je me sens le devoir de vous le dire nettement. »

ROMMEL, FELDMARSCHALL

Note : L’avant dernière phrase comportait les mots « conséquences politiques ». Speidel, chef d’état-major, conseilla à Rommel de biffer le mot « politiques » qui n’ajoutait rien et pouvait provoquer une réaction de colère immédiate. Le maréchal biffa le mot « politiques ».

À propos de Pays du camembert

Le Pays du camembert, en Normandie

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